mercredi 20 mai 2015

Pages arrachées à des carnets

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Quand on reste à quai, il fait bon feuilleter les pages des carnets comme pavillon au vent.

dimanche 10 mai 2015

Le logis du musicien (pour des écrivains)

Une grotesque du bâtiment
Au bout de ce lien, un projet de l'écrivain Erwan Larher qui mérite un clic et un petit roulement de pièces:

Fondation du patrimoine, Le logis du musicien à Mirebeau

Descriptif

Le logis dit "du Musicien" (en référence aux grotesques présentes dans l’escalier à vis) est situé au cœur de Mirebeau, dans la Vienne. L’ensemble, inscrit en totalité à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques depuis 1927, date du XVe siècle (sur des fondations XIIe siècle) et faisait vraisemblablement partie à l’origine d’un ensemble bâti plus vaste.
La maison est constituée de deux corps de bâtiments disposés en L s’ouvrant sur une cour intérieure. Une tour carrée hors œuvre abritant l’escalier à vis et implantée à l’articulation des deux corps de bâtiments permet de desservir ces derniers.
La porte d’origine du logis médiéval, actuellement bouchée, à arc en anse de panier, surmontée d’une accolade avec crochets et fleuron ; les vestiges d’une bretèche dont subsistent la base et les mâchicoulis surmontent la porte. La maison est flanquée au sud d’une échauguette, reposant sur un cul-de-lampe mouluré lui-même surmonté d’un bandeau richement sculpté.
La volumétrie générale de l’édifice a connu de multiples bouleversements au fil des siècles, dont l’arasement des parties supérieures des bâtiments. La tour abritant l’escalier côté cour et l’échauguette d’angle ont ainsi perdu leur partie sommitale et n’ont plus de toiture distinctive.
Inhabité depuis des dizaines d'années, ce magnifique bâtiment du patrimoine mirebalais continuera, faute de soins, à se dégrader jusqu'à l'irrémédiable.

Une première phase de travaux débutera fin avril 2015. Elle consiste en : démontage d’un ajout XVIIIe (contre la tour carrée) ; rehaussement d’une aile ; pose d’une charpente, d’une toiture, de menuiseries neuves et d’un nouveau solivage entre les trois niveaux.
Elle nécessite une levée de fonds de 15’000€, soit 10% de son coût total.

Vocation du site

Le propriétaire souhaite redonner vie à cet ancien logis, qui deviendra, outre une habitation, un lieu d'échanges et de partage autour de la création littéraire. Accueillis en résidence d’écriture, un ou deux auteurs à la fois pourront y trouver le calme et l'énergie - celle qui circule entre des murs de 600 ans d'âge - indispensables à leur travail. S’y tiendront aussi des lectures publiques et rencontres avec des écrivains.

Nature des travaux

Le projet de restauration soutenu par la Fondation du patrimoine concerne les travaux extérieurs (menuiserie, façade, maçonnerie, charpente, couverture et zinguerie). Ces travaux s’inscrivent dans un programme de restauration complet du bâtiment (intérieur et extérieur) visant à redonner à l’ensemble une cohérence historique et architecturale tout en étant respectueux des réalisations des bâtisseurs d'autrefois et des principes d'une restauration éco-responsable.

Contreparties

Les noms des donateurs qui ne souhaitent pas rester anonymes seront gravés par un sculpteur lapidaire sur une stèle apposée dans le Logis du Musicien. Les donateurs feront ainsi partie de l’histoire de ce bâtiment remarquable.

Partenaires

Le propriétaire, romancier, amoureux des « vieilles pierres ».

La Direction Régionale des Affaires Culturelles.

Martine RAMAT, Architecte du patrimoine.

Les artisans impliqués depuis le départ dans le projet : Dominique BRÛLÉ (maçon), Eddy FRUCHARD (charpentier) et Francis BARON (menuisier).

jeudi 7 mai 2015

Mon compost pour une Atlantide

Restauration de Terrain de Montagne, image d'archive



Le soir, il arrive à la Petite-Fille de jouer à la grande en essayant de comprendre ce que les gens sérieux appellent la philosophie. Elle y cherche des réponses mais aussi des questions, ces dernières pouvant se jeter en rigoles dans des affluents plus larges, rejoignant des eaux où elle n’a plus pied, et, la gueule enfarinée par les minuits déchus, elle se jette, les pupilles dilatées, dans les eaux troubles de l’insomnie,  le soupirail des nuits lui ouvrant de vastes heures durant lesquelles ses yeux se feront à l’obscurité, se perdant dans ces zones de latence, guettant la moindre lumière, souvent trompés par les reflets de l’eau à la surface du marécage, mais, ahuris, devenant parfois les témoins d’un miracle, car il arrive qu’à la lisière de l’esprit, se devine un quelque chose de phosphorescent, qu’on pourrait confondre avec une luciole, petite loupiote verte et fragile dont on ne doit s’approcher qu’à pas de loup, de peur de la voir s’éteindre, et, ces jours de chance, la Petite-Fille ressent alors une immense joie, identique à celle du pêcheur au lamparo qui voit enfin remonter des abîmes la silhouette luminescente d’un calamar géant, car il lui semble alors qu’elle vient de saisir, plus qu’une idée, une trouvaille. Belle moisson.

C’est ainsi que l’autre soir elle lisait le Critias de Platon, à des heures évidemment indues, s’égarant à la recherche de ce que pouvait être l’Atlantide. Un peu paumée dans le marécage du dialogue et du petit matin, elle se demandait si leur maison, au milieu des collines, pouvait être une sorte d’île protohistorique, englouties par les chênes, à l’abri du reste du monde, protégée par les frondaisons, sorte de Méditerranée verte. Elle aurait bien voulu que Platon lui donne raison, la rassure : Ici tu ne crains rien, gamine, Atlas et Poséidon veillent sur toi. Il n’y aurait plus d’échos carbonisés du monde, plus d’articles asthmatiques qui glaviotent leur merde à travers l’écran de l’ordinateur. Là, c’en serait fini des coups de téléphone avec au bout, comme une grenade, une mauvaise nouvelle qui se dégoupille dans un sanglot familier. Non, ici on ferait comme si, tralali tralala, on ferait comme si tout cela n’existait pas. Régression totale jusqu’à l’enfance.

Seulement voilà, la Petite-Fille et le Cow-Boy –je mets des majuscules parce qu’ils commencent à devenir de vrais personnages- la Petite-Fille et le Cow-Boy ne pourront plus ignorer longtemps leurs cheveux blancs. Enfin, le Cow-Boy surtout (J’en profite pour voir s’il lit mes articles ou fait semblant). Ce sont de grandes personnes, la preuve, ils ont répondu à Petit-Biscuit, qui posait la question, que la police servait à protéger les gens (mon œil, mon œil, grinçaient-ils en pensant à la bavure de Sétif, à la ratonnade de la Goutte d’Or ou à la matraque d’Ambrosi, et plus généralement aux Tasers et aux flashballs. Ils n’ont pas traversé l’Atlantique en pensée pour ne pas dégueuler). Bref, disons que la Petite-Fille et le Cow-Boy  sont des enfants déguisés en parents. De vieux enfants, c’est plus tolérable que des enfants vieux.

Et, à ces heures indues où seuls les adultes ont l’idée saugrenue de lire Platon, la Petite-Fille a cru apercevoir une luciole. Elle a lu :

Mais dans l’état primitif du pays, ses montagnes étaient de hautes collines couvertes de sol, et les plaines de Phelleus, telles que nous les appelons, étaient couvertes de terre riche, et il y avait abondance de bois dans les montagnes [...]. De plus, la terre récoltait les bénéfices de la pluie annuelle, elle ne la perdait pas comme aujourd’hui en la laissant ruisseler sur le sol nu et rejoindre la mer. Il y avait de l'eau partout en abondance, la terre la recevait en son sein et la conservait dans le sol argileux, relâchant dans des creux les rivières qu’elle avait absorbée des hauteurs, fournissant partout d’abondantes fontaines et rivières.

            Nom de dieu de nom de dieu qui n’existe pas, s’est-elle excitée en son for intérieur. Le vieux grec lui parlait là un langage qu’elle comprenait mieux qu’une notice Ikéa.

            Quand ils avaient acheté la maison, le Cow-Boy avait bien remarqué la clôture sur la colline, dessinant un triangle en pente drue jusqu’aux pins, et, bel enfant, cru qu’il s’agissait d’une sorte de rubalise délimitant le terrain. Pratique, en somme. Ils avaient arpenté le domaine, foulant le sol, simplement satisfait (les bourgeois) de se dire que cette terre était désormais la leur.
            Ce n’est qu’un peu plus tard que le caractère marneux de la terre en son pan le plus abrupt leur était apparu. En poussant l’investigation plus avant, ils n’avaient pu nier l’évidence: toute la zone circonscrite par la clôture était marronnasse. Quelques brins de graminées se battaient contre les vents, et quand il pleuvait, tout partait à veau l’eau, même les vieux pins qui se déracinaient, s'affaissant le long de la pente, découragés. De fleurs, aucune, ni de bête. La clôture servait de frontière entre la vie et la mort, Styx en rubalise.

Le cow-boy avait regardé la pente, puis l’écurie. La clôture, puis l’écurie. La luciole rutilait au-dessus de sa tête : le fil n’était pas là pour délimiter le terrain mais parquer le cheval des anciens propriétaires. La carne avait tant et si bien surpâturé le secteur que le sol, épuisé, s’était d’abord appauvri en steppe galeuse, puis avait perdu sa squame, jusqu'à ne laisser émerger que quelques herbes en pelade, la couche humide et généreuse emportée par les glissements de terrain, dessinant des ravines noires, la vie s’étiolant petit à petit jusqu’à disparaître complètement au profit des dégringolis de calcaire et d’ardoise, relief redouté de caillasse, plus connu dans le coin sous le nom de marne.

            Les cons.

            Je dis les cons parce que le problème était connu depuis belle lurette dans la région. Au XIXème siècle, le surpâturage avait érodé les montagnes des Hautes-Alpes jusqu’à sucer les dernières abondances de prés devenus pierriers. Les bergers n’avaient plus d’endroit où faire brouter les vaches et elles de quoi produire. Pour subsister, on était descendu dans les vallées, abandonnant maisons et souvenirs, autant de murs désertés qui, avec le temps et l’absence, s’étaient effrités,  jusqu’à être considérer comme des villages fantômes.

            Saint-Cyrice, Châtillon-le-Désert, Chaudun, Clausonne, Pomet… autant de hameaux engloutis par le grand siècle, devenus des Atlantides de pierre.

Des habitants, certains partirent vers le Mexique, la Louisiane ou l’Algérie.

Les anciens propriétaires ont juste déménagé à Dijon. Mais derrière eux, ils ont laissé un pan de colline fantôme.

Alors, à coup de pelle et de brouette,  la Petite-Fille et le Cow-Boy vont devoir panser la croûte, patiemment la recouvrir de pulpe - feuilles mortes, broyat, déchets organiques,  crottin d'âne-  jusqu’à ce que l’humus éponge l’eau, qu'une épaisseur pelletable apparaisse et qu'ils puissent ancrer bulbes et rhizomes pour retenir la terre en surface, puis massifs et fruitiers pour arrimer le tout en profondeur. Ainsi se dresseront des barrières humiques, rempart contre les eaux de ruissellement, et, avec tout ce boulot habituellement échu aux génie civil des Eaux et Forêts, la Petite-Fille se demande bien quand elle aura le temps de lire Platon.  

Mais elle balaie sa mauvaise humeur, car bientôt, avec l’humus, elle verra son domaine peuplé par de petits êtres, car elle a également appris, privilège d’une autre insomnie, qu’humus et homo proviendraient de la même racine indo-européenne, *ghyom, signifiant "la terre" (J. Picoche 1994, p. 287), ce qui signifie que ce terreau pourraient accoucher de véritables auto-chtones 1, petites créatures qui émergeraient étymologiquement du sol lui-même, ce qui lui promet d’autres insomnies car, au-delà des fourmis et des vers de terre, elle ne voit pas trop quels humanoïdes protobibliques pourrait surgir de son compost, sinon les habitants de l’Atlantide eux-mêmes, trouvant à Walden, un digne point de chute.

Toujours est-il que les anciens propriétaires auraient dû s’adonner à Platon plutôt qu’à l’équitation, phrase que je peux dignement terminer, car il est tard, par un point de chute.

1: auto (soi-même) chton (terre)






Pour les autres épisodes, c'est ici:

ALM/LAM/ MLA                           
Songe d'une nuit d'été
Ce qui reste

mardi 5 mai 2015

Insane in the brain







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