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mercredi 9 août 2017
Couci couça
Il avale
Le gâteau
De leurs nuits
A pleine dent
Et le matin
Gouzi
Gouza
Les cent kilos de cernes
Explosent
En pudding de miettes
C’est merveilleux
Bébé a pris
3 grammes et demi
A eux deux
En revanche
Ils font moins
De cent kilos
Petits calmars
Tout gris
Tentacules
De fatigue
Jane Manson
Raconte
Des conneries
Aimer
C'est
Maigrir un peu
vendredi 30 juin 2017
Pas encore la fin
![]() |
| © Cig Harvey |
Les livres qu’on rend
Et les cols qu’on desserre
Ça sent un peu la sieste
Les galets brûlants
Et les tranches de pastèque
Ça sent la fatigue
La confiture
Les au revoir
Ça sent les bientôt
La mer
La poussière sur le pare-brise
Ça sent le pas encore
Lundi chiffon
Mardi chafouin
C’est un peu le fond de la casserole
Le mois de juin
Moitié brûlé
Moitié caramel
mardi 24 mai 2016
L'univers entre tes canines
Il suffit que j’aie
Un poème
Sur le bout de la langue
Pour que ma bouche
Devienne une galaxie
C’est tellement
Bon de mordre dedans
Jus d’étoile
Et pépins de nova
Que
Désolée
Désolée
Parfois
J’avale tout
Et ne vous laisse
Grosse impolie
Que trognon de poème
dimanche 22 mai 2016
Nuit liquide
![]() |
| Vincent Beaume |
Notre lit est cette barque
Qui vogue sur les eaux
Du fleuve Amour
Vagues de coton
Flots de percale
Chaque nuit
Nous abordons
Des rivages nouveaux
Parfois
S’élève
Une petite tempête
Arrête de ronfler
Tu m’emmerdes
Puis un pied s’aventure
A bâbord
Qui s’amarre
A tribord
Et la navigation reprend
Tranquille
Vois-tu
Le canotage
Est une science
De la négociation
Des corps
Logique comme un arrosoir
Fraises
Radis
Myrtilles
Et un euro
Voilà ce qu'elle a planté
Ma gamine
Parce que
Si l'argent ne pousse jamais
C'est à cause des grands
Ces imbéciles
Le ramassent
Toujours avant
vendredi 20 mai 2016
L'amour Méditerranée
A la naissance
De la hanche
Il est un os
Comme une presqu'île
Pour plonger
Au-delà du jour
Là où la cuisse
Rencontre la cuisse
Fragile ressac
Qui donne
A nos amours
Ce goût de mer
Ce goût de nuit
La Statue de la Liberté a le cul en béton
Chéris
Le petit caillou
Au fond de ta chaussure
Il a quitté la route
Pour filer plus loin
Caresse
La poussière
Dans les airs
Qui déserte la terre
Pour le ciel
Ces anges noirs
Traîne-savates
Seront tes maîtres
Dans l'art minuscule
De la cavale
Elle devrait les écouter
La statue de la liberté
Qui soulèverait sa jupe
Pour sauter à pieds joints
Dans l'océan
jeudi 19 mai 2016
Elle emballe l'air avec du papier cadeau
Comme c’est mignon
Suzon-Pompon
Ce petit quignon
Que tu arraches
Chaque matin
De ta baguette
Tu le tends
Au vieux Riton
Et lui souris
Confiture
Confiture
De compassion
Et les passants
Applaudissent
Bravo
Suzon Pompon
Merci pour les vagabonds
Confiture
Confiture
De bonne action
Mais t’es-tu souciée
Suzon-Concon
Qu’on n’attrape pas
Un bout de pain
Avec deux moignons ?
mercredi 18 mai 2016
Pas plus fauché que l'or des blés
![]() |
| George Shiras |
Qu’elle essaye
De m’attraper
La main noire
De l’huissier
Elle aura
La bagnole
La table
Ou les jouets
Queue morte de lézard
Au bout des doigts
Tant pis
Tant mieux
On détalera
Bien vivant
Avec les diamants
De la rosée
Sous nos pieds crasseux
Et l’horizon
En diadème
Nous courrons
Embrasser
A pleines dents
Le dieu des carrefours
Son nom
Est Hermès
Et ce sera notre amant
Toi
Tu pourras saisir
Les carrés de soie
Cadeau du lézard
Qui file
Entre tes doigtsTrop de couleur dans la couleur
jeudi 14 janvier 2016
Ping-tongue
Dans les halls d’immeubles, les cours de récré, sous les abribus ou les auvents de taxiphone, dans ces blocs de réalité aux lignes grises mais pulsatiles, entre deux voies plus ou moins rapides, hors des stades et loin des podiums, oubliés des commentateurs télé et des palmarès de magazine, ils se livrent des batailles secrètes, des luttes sans relâche, et remportent des victoires éclatantes que personne n’applaudit, sauf les copains, qui comptent les points.
Ça se joue avec les points, d'ailleurs, avec un T à la fin et pas de doigt au bout.
On avance sur le ring avec son swag, sa tchatche, pas besoin de casquette, tu tiens ton biz ou tu le tiens pas, et dans l’espace de la joute, cercle interactif où les mots rebondissent, cage de squash qui te presse, te brusque, te contraint à un rythme toujours plus fébrile, tu sens monter en toi la réplique, qui ricoche, rebondit, prend de la vitesse, devenue projectile, celle qui va le mettre au tapis, faut pas sourire, rester concentré, l’adversaire est un peu sonné mais personne n’est à l’abri d’un coup mal placé, ippon de dernière minute. Tout est encore possible.
Tout est encore possible.
C’est bon de pouvoir se dire cela, ici.
Chouf ces petits athlètes, leur débit staccato, leur langue agile.
Ce sont les rois du style, salto avant, salto arrière, as de la cadence, une deux une deux, qui lèvent des lames de haut fond, serviettes de plage autour du cou, à Corbières. Ça métaphore, anacoluthe, hypotypose à plein tube. Pas besoin d’avoir ouvert Dumarsais ou Fontanier pour bobiner des images comme bulles de chewing-gum. Et voilà un soleil qui éclate, parfum citron.
Boum.
Boum.
Ce sont des flambeurs, princes de l’esbroufe, aux mots gonflés comme péninsule, la répartie en boomerang. Je balance la vanne, elle cogne, je la chope à nouveau, la lance plus fort, plus loin.
Bam.
Bam.
Lui, il s’essouffle, bédave sûrement trop, tu vas lui faire la peau.
Ce sont des casse-cous, ils balancent les épithètes comme les mômes traversent l’échangeur d’autoroute, au plus près des pare-chocs, à la limite du corps à corps, parfois à bouffer l’haleine de l’autre en face, qui pèse cent vingt kilos. Trop de Mac Do, gros.
Après on se tapera dans le dos et peut-être un kebab.
Ils ont quinze ans. Habitent Consolat, Ruisseau Mirabeau, Picon, La Busserine, autant de noms à vos oreilles indistincts.
Ils sont invisibles.
Alors de grâce, laissons-les flamboyer encore quelques instants, quelques années, soleils plus grands que les voitures qui brûlent, petits géants du ping-tongue.
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